L’éducation des femmes: un bénéfice partagé

by Julie D’Havé

Étudiantes dans une école à Khyber Pakhtunkhwa, Pakistan

Étudiantes dans une école à Khyber Pakhtunkhwa, Pakistan

L’éducation est un secteur touché par les inégalités de genre, particulièrement dans les pays en développement. Aujourd’hui encore 39 millions d’adolescentes âgées de 11 à 15 ans ne sont pas scolarisées. Les raisons les plus régulièrement invoquées pour justifier le décrochage scolaire sont les frais liés à l’éducation – et ce malgré l’existence de la gratuité – les grossesses précoces et la charge des travaux domestiques. Cependant, et ce au-delà des questions d’égalité des sexes et de droits des femmes, ce potentiel non exploité représente une perte considérable à l’échelle de la famille, de la communauté, de la nation.

La parité entre les garçons et les filles est atteinte pour l’éducation primaire. Cette réussite ne s’étend pourtant pas à l’éducation secondaire. C’est durant cette période entre l’enfance et l’âge adulte que s’acquièrent à la fois les compétences mais aussi les comportements nécessaires à l’émancipation. Or, c’est aussi durant cette période que se creusent les inégalités de scolarisation, les adolescentes étant nettement désavantagées. L’adolescence est donc une période clé caractérisée par des problèmes qui lui sont propres et nécessitent des solutions adaptées. Les estimations de l’UNESCO comptent 1,2 milliards de jeunes entre 10 et 19 ans, dont 75% vivent en Asie ou en Afrique. La majorité de ceux qui n’ont pas la chance de poursuivre des études secondaires sont des filles. Parmi celles qui sont déscolarisées entre 11 et 15 ans, une sur sept est mariée avant 15 ans, et la moitié est mère avant d’avoir atteint l’âge adulte.

L’argument le plus répandu en faveur de la parité dans l’éducation est celui dit de l’autonomisation. Il s’agit d’un argument moral fondé sur les droits de la personne et l’égalité. L’éducation est perçue comme une fin en soi, et a pour but de soutenir la dignité et le bien-être de chaque personne. Il existe cependant un deuxième argument qui met l’accent sur les bénéfices plus généraux obtenus par le biais de l’éducation des adolescentes. Cette approche est caractérisée le plus souvent par des études quantitatives cherchant à estimer avec le plus de précision possible le bénéfice concret de la scolarisation. Par exemple, le rapport sur l’éducation des filles dans les pays en voie de développement publié en 1992 par l’Institut pour le développement économique de la Banque mondiale a calculé les dépenses de santé qui peuvent être évitées par le biais de l’éducation des filles lors d’une étude au Pakistan. Les frais d’un an de scolarité pour 1 000 filles s’élèvent à 30 000 USD sur une période de 15 ans. Or, l’étude montre que les économies ainsi réalisées sont de 48 000 USD en évitant 60 morts infantiles, 33 000 USD en évitant 5 000 grossesses adolescentes et 7 500 USD en évitant plusieurs morts maternelles durant l’accouchement. Les bénéfices ainsi réalisés sont donc trois fois plus importants que le coût engendrés, et cela sans compter les bénéfices humains.

Dans le milieu académique, cet argument prend source dans l’approche des capabilités du philosophe Amartya Sen qui évalue la liberté dont un individu jouit effectivement, ses possibilités concrètes d’agir de différentes manières. La philosophe Martha Nussbaum a intégré l’approche de Sen dans le domaine de l’éducation des femmes et a développé dix indicateurs regroupés en quatre domaines qui influencent le contrôle que chaque femme possède sur sa vie et la capacité de changement qu’elle exerce sur celle-ci. Ces domaines sont : la santé physique et reproductive, la vie émotionnelle et relationnelle, le travail et enfin la participation et la politique. Le nombre d’années de scolarisation joue un rôle majeur dans chacun d’entre eux.

En ce qui concerne la santé physique et reproductive, de nombreuses études montrent une corrélation positive entre la scolarisation et un mariage plus tardif, une descendance moins nombreuse due à l’utilisation de contraceptifs ainsi que le choix d’un mode de vie et régime alimentaire plus sain. De plus, l’éducation a aussi un impact sur la prédisposition aux maladies. Une étude menée au Swaziland rapporte que deux tiers des adolescentes scolarisées sont séronégatives, alors que deux tiers de celles qui ne le sont pas sont séropositives.

L’éducation influence aussi la vie émotionnelle et relationnelle. En effet, un mariage plus tardif augmente la probabilité de pouvoir choisir soi-même son partenaire et d’avoir un rôle égalitaire dans la relation.

Bien que la scolarisation ait une influence positive sur l’activité économique et les revenus des femmes, la relation entre le niveau d’éducation et les opportunités sur le marché de l’emploi ainsi que le salaire est plus complexe qu’il n’y paraît. Cependant, plusieurs études montrent qu’une année de scolarité supplémentaire permet d’obtenir un salaire 10 à 20% supérieur. De plus, c’est au niveau de l’économie nationale ou communautaire que l’éducation des femmes est la plus bénéfique. Ainsi, augmenter le nombre de femmes occupant des postes plus élevés permet d’augmenter le PIB d’un pays. En Inde, une augmentation de 10% du rapport entre travailleurs et travailleuses permettrait d’augmenter le PIB de 8%. Une autre étude réalisée au Kenya indique que si les fermières étaient aussi instruites que les fermiers les rendements de maïs et de haricot augmenteraient de 22%.

Enfin l’éducation est essentielle pour promouvoir la participation des femmes dans la vie civile, politique et associative. Elle permet d’acquérir les compétences nécessaires pour se forger une opinion sur les partis politiques et les enjeux d’une campagne. En effet, un lien entre le niveau d’études et la création d’associations servant à mettre en avant les revendications des femmes dans la communauté a été établi par plusieurs études.

Si l’éducation seule ne suffit pas pour atteindre l’égalité entre homme et femme, elle joue néanmoins un rôle essentiel dans ce processus. Non seulement les compétences acquises lors de l’éducation, telle que la littéracie ou la connaissance des nouvelles technologies, mais aussi la capacité à exercer un contrôle sur sa vie sont des gains précieux tant pour les femmes que pour la société dans laquelle elles évoluent.

Écoliéres à Bombay

Écoliéres à Bombay

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