Un Elysée « bleu Marine » en 2017 ?

Meeting 1er mai 2012 Front National

Marine le Pen, présidente du Front National

by Johanna Lindner

Ces dernières années, le Front National (FN), parti politique français d’extrême-droite a le vent en poupe en surfant sur la « vague bleu Marine ».* Aux dernières élections européennes, le FN arriva en tête des suffrages en France avec 24,95% des votes. Il remporta alors quatre sièges de plus pour ses eurodéputés que l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire) et neuf de plus que le PS (Parti Socialiste), le traditionnel duo du paysage politique français.

Le succès du parti aux européennes fait suite à deux autres succès électoraux récents du parti dirigé par Marine Le Pen : l’entrée historique du FN au Sénat en 2012 et les municipales de 2014 où le FN obtint le meilleur score de toute son existence dans une élection locale. La percée du Front National sur la scène politique française ne fait donc plus de doutes. L’extrême droite semble bel et bien être devenue la troisième grande force politique en France.

Si 2014 a été une bonne année électorale pour le FN, 2015 pourrait l’être encore davantage avec les élections départementales en mars prochain. De plus, indépendamment de l’issue du scrutin, l’année 2015 donnera l’occasion au parti de mettre en œuvre une stratégie d’implémentation territoriale avant la présidentielle de 2017. Marine Le Pen aurait-elle des chances d’être élue Présidente de la République ? Selon un sondage réalisé en septembre 2014 pour Le Figaro, la présidente du FN se retrouverait effectivement en tête au premier tour. Cette idée en fait frissonner plus d’un, certains d’excitation, d’autres de peur.

Cette récente montée en puissance du FN, semble être soutenue par trois forces distinctes mais complémentaires : au niveau interne, par la réforme du parti; au niveau national, par le discrédit du système politique actuel et des partis traditionnels de gouvernement; et au niveau européen, par un contexte de crise économique.

La femme du FN qui rêve de l’Elysée a infatigablement tiré son parti vers le centre depuis qu’elle en a la présidence, gagnant ainsi de nombreux nouveaux électeurs. Créé par son père Jean-Marie Le Pen, le FN a souvent été accusé d’être fasciste, vichyiste et antisémite. Or Marine « ne veut plus du FN ancien modèle », comme l’explique Carl Lang, ancien secrétaire général du Front. Il y a longtemps maintenant que le parti tente d’abandonner la rhétorique ouvertement antisémite et raciste qui avait rendu tristement célèbres les partisans de Le Pen senior. Cette stratégie de dédiabolisation porte ses fruits. Alors que le vote FN était jadis majoritairement cantonné aux classes défavorisées (notamment à cause du positionnement résolument anti-libéraliste du parti), les nouveaux électeurs viennent de toutes les couches de la population et de partout en France. Il devient cependant légitime de se demander si le nouveau vote FN est réellement un vote d’adhésion à cette identité idéologique remaniée ?

Certains estiment que le vote FN est principalement un vote de rejet. Le taux croissant d’abstentionnisme, affectant tous les scrutins, est un argument dans cette direction. Selon le politologue Thomas Guénolé, l’abstention est généralement la forme la plus radicale du rejet du système politique, dont une forme moins poussée serait le vote antisystème, soit le vote FN par exemple. Nous assisterions aujourd’hui à une « vague blanche » plutôt qu’à une « vague bleu marine ». Guénolé affirme aussi que, si l’on s’intéresse aux résultats en pourcentage de l’électorat plutôt qu’aux suffrages exprimés, il n’y aurait « ni vague, ni percée, le FN a juste moins démobilisé que ses adversaires qui, eux, se sont effondrés ». Ainsi, le système traditionnel et notamment les gouvernements alternants UMP et PS ne répondraient plus aux attentes des électeurs. Ce ras-le-bol des Français se traduirait soit par l’abstention ou le vote blanc, soit par un vote plus fréquent pour les partis extrémistes, dont le FN fait partie. Toutefois, il reste la question de l’origine de ce mécontentement. S’agit-il d’un rejet des programmes et stratégies politiques des partis traditionnels ou plutôt d’une insatisfaction liée à une situation économique difficile ? Le vote FN serait-il un « vote de crise » ?

Force est de constater que la France n’est pas le seul pays du Vieux Continent dans lequel l’extrême droite a gagné en importance. La percée de ce type de parti en Suisse, en Norvège ou encore aux Pays-Bas semble confirmer une tendance européenne à la « droitisation ». Selon le politologue et chercheur Stéphane François, l’émergence des partis d’extrême droite néo-populistes au niveau européen repose en grande partie sur la crise économique. Des études confirment une forte corrélation statistique en France entre le vote pour l’extrême-droite et la précarité, cette dernière s’étant fortement aggravée avec la crise. Dans ce contexte, Marine Le Pen aurait donc réussi à attirer les électeurs qui se sentent lésés par la mondialisation et les décisions de Bruxelles, en liant questions sociales et identitaires. Le FN clame haut et fort sa volonté de sortir de l’euro, et son rejet de l’Union Européenne et des investisseurs étrangers. Pour la première fois, le facteur crise semble légitimer ce point de vue puisque la crise serait la preuve de l’échec du libéralisme économique et des partis politiques qui le soutenaient. En ce sens, l’extrême droite tient un discours qui répond davantage aux interrogations et mécontentements des citoyens que celui des autres partis. C’est un discours qui rassemble autour d’un projet utopique commun : revenir à une situation meilleure pour les Français, en somme, revenir à « la France d’avant ».

En conclusion, un ensemble de facteurs contribue à favoriser l‘essor du FN : centrage et dédiabolisation du parti, rejet généralisé des partis traditionnels et situation socio-économique difficile. Le débat sur les probabilités ou capacités de Marine Le Pen à devenir le 8ème Président de la Vème République est loin d’être clos. Une chose est sûre, sa place comme personnage central de la vie politique en France ne peut et ne doit pas être niée.

Néanmoins, il ne faut pas non plus négliger que l’issue du scrutin dépendra également du résultat des primaires de l’UMP, ainsi que de la capacité du PS à revisiter son programme et à rassembler autour d’un candidat unique. Dans ce contexte, la popularité croissante de Marine Le Pen sur la scène politique française pourrait au moins avoir le mérite de bouleverser un système devenu trop statique, et qui ne répond peut-être plus aux attentes des électeurs. De plus, on peut prévoir une mobilisation accrue des électeurs si le FN passait effectivement le premier tour des présidentielles en 2017 – comme lorsque Jean-Marie Le Pen avait accédé au deuxième tour 15 ans plus tôt – rappelant ainsi aux Français l’importance de leur devoir civique, à une époque où l’abstentionnisme bat tous les records.

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