ODD : Utopie Ou Réalité En Puissance ?

by Fatou Ndour

© Larisa-K, pixabay

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© Wikimedia Commons

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15 ans après la formulation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), la communauté internationale, réunie depuis le 19 janvier dernier autour de négociations intergouvernementales, va élaborer un nouvel agenda pour le développement. L’objectif du prochain sommet de septembre 2015 est d’adopter les nouveaux Objectifs de Développement Durable (ODD), un programme de développement « puissant » fondé « sur un partenariat mondial et des responsabilités partagées ». Au-delà de la définition d’un programme pour l’après 2015, il s’agira surtout d’améliorer durablement les résultats encore mitigés des OMD et de renouveler les promesses faites au cours du sommet Rio+20, à savoir s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté, réduire les inégalités, stopper le changement climatique, et prévenir de futurs conflits.

En mars dernier, The Economist fait paraître un article controversé, « The 169 commandments », dans lequel l’auteur dépeint le périlleux destin réservé aux 17 objectifs assortis de 169 cibles sélectionnés par le Groupe de travail ouvert (GTO) sur les ODD. Cet article reproche essentiellement aux cibles présélectionnées leur caractère pléthorique, mais aussi de générer une certaine confusion avec des priorités de développement qui demeurent imprécises et éloignées des réalités socio-économiques des pays. La principale critique formulée à cet égard est que l’adoption de telles cibles conduirait à des échecs de mise en œuvre puisque les gouvernements tendraient à introduire des politiques fragmentées et désarticulées, à l’opposé de l’approche holistique et transformative que ce nouvel agenda entend promouvoir. Faudrait-il en déduire que les ODD ne seraient en substance que des vœux pieux?

Le rapport de synthèse du Secrétaire Général des Nations Unies, « La route vers la dignité d’ici à 2030 » présente une vision porteuse de transformations pour les 15 prochaines années et au-delà. Celle-ci repose essentiellement sur la responsabilité qui incombe aux Etats, en vertu du droit international, de protéger et de réaliser les droits économiques, sociaux et culturels de tout un chacun. Navi Pillay, alors Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, suggérait au GTO de recourir aux standards et principes des droits de l’homme afin de structurer l’agenda post-2015 et son mécanisme global de contrôle. Une telle préoccupation a été également relayée par la majorité des organisations de la société civile impliquées dans les travaux du GTO.

Au fur et à mesure, un consensus a émergé afin que le socle de cet agenda soit bâti autour des droits humains. Le principe d’universalité s’applique en la matière, puisque les standards relatifs aux droits de la personne sont de portée large et non discriminatoire. Un programme guidé par une approche axée sur les droits se montrerait particulièrement efficace pour combattre les causes profondément liées à l’absence de développement tout en conjuguant un partenariat global pour réaliser les droits humains. Dans cette optique, contrairement à l’affirmation critique faite précédemment, avoir des objectifs et cibles circonscrits ne constitue pas un désavantage mais un atout. Un tel éventail de cibles réduirait les probabilités d’iniquité et d’injustice sociale afin de s’assurer que personne ne soit laissé en marge du développement.

Par ailleurs, les Etats demeurent maîtres de leurs politiques et définissent leurs priorités de mise en œuvre en fonction des réalités sociales qui leurs sont propres. De plus, un tel mécanisme les pousserait à concrétiser graduellement l’ensemble des objectifs et cibles retenus. A ces derniers, il conviendrait, par ailleurs, d’ajouter des indicateurs basés sur les principes des droits humains permettant le fonctionnement optimum d’un système multidimensionnel de contrôle.

Les objectifs de développement durable découlent d’une aspiration qui se veut universelle, se présentant, de ce fait, comme un bien commun dont la viabilité dépend de la coopération internationale. La reconnaissance d’une coresponsabilité entre les Etats est aussi à l’ordre du jour, particulièrement en ce qui concerne les impacts extraterritoriaux de leurs politiques de développement sur les droits humains.

La communauté internationale reconnaît de plus en plus l’interconnexion entre un développement global et des développements nationaux. L’actualité récente, avec ces images insoutenables montrant de milliers de corps venant s’échouer aux portes de l’Europe, fait tragiquement écho à une telle affirmation. Loin d’être circonscrites, les conséquences de l’absence de développement s’exportent et requièrent de ce fait des solutions globales. Les perspectives qu’offre ce nouvel agenda engendrent des attentes fortes. Même si les augures sont pour l’instant peu favorables, il n’en demeure pas moins que cet agenda présente une occasion unique d’acquérir plus d’équité et de justice sociale.

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