L’Union Européenne ou l’optimisme : Les déboires du Partenariat Oriental

by Viktoria Holler et Mahault Piéchaud-Boura

Comme Candide dans le comte philosophique de Voltaire, l’Union pleine d’optimisme a décidé d’élargir ses horizons. En 2003, elle lance la Politique Européenne de Voisinage pour établir un « cercle d’amis » promouvant la stabilité et la prospérité, et permettant aux pays concernés un rapprochement avec l’Union européenne. Cette politique se heurte à de nombreux obstacles imprévus, tant au Sud qu’à l’Est. Les bénéfices d’un tel partenariat ne sont pas toujours évidents pour les voisins de l’Union, notamment pour les pays du Partenariat Oriental qui voient se développer à leur égard une forte concurrence entre l’Union européenne et la Russie. Face à une politique en panne, quelles modifications l’Union peut-elle apporter à son projet pour le rendre plus attractif et faire prospérer son voisinage ?

L’enthousiasme européen a revitalisé une politique de partenariat existante afin que ce cercle d’amis partage tout, ou presque, la participation aux institutions européenne n’étant pas incluse dans cette amitié. Depuis 2008, la structure adoptée à Bruxelles pour la Politique de Voisinage comporte deux branches, l’Union pour la Méditerranée et le Partenariat Oriental.

Le processus de Barcelone, qui encadre le partenariat de l’Union avec les pays du pourtour méditerranéen, n’a pas su résister au Printemps arabe. L’objectif européen y était de promouvoir la démocratie et les Droits de l’Homme, autant que la prospérité économique. Depuis lors, l’Union peine à justifier un partenariat avec des régimes autoritaires qui semblent bafouer ses propres valeurs.

5200528907_1a23e2e06b_o

Sommet UE-Ukraine, Val Duchesse, Herman Van Rompuy

A l’Est, le Partenariat Oriental qui propose des accords à la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie rencontre lui aussi des difficultés. La Russie y était initialement incluse mais a refusé d’être l’objet d’une politique « euro-centrique ». L’objectif du partenariat était de permettre le rapprochement tant politique qu’économique de l’Union avec ces pays. Elle ne les perçoit cependant pas comme de potentiels candidats à l’adhésion, à la différence des pays des Balkans occidentaux, négligeant ainsi de prendre en compte les espoirs des partenaires orientaux. En effet, ceux-ci conçoivent cette coopération comme une première étape au processus d’adhésion à l’Union. Dans un article sur les défis de la Politique de Voisinage, Wolfgang Koeth, de l’EIPA de Maastricht, souligne que les engagements vis-à-vis des Principes du Droit international, des Droits fondamentaux, de la Démocratie et de l’État de droit évoqués dans le partenariat constituent également une condition sine qua non à l’adhésion à l’Union, ce qui a conduit les membres du partenariat à concevoir certaines espérances. Sans perspective d’adhésion, les efforts à fournir sont trop importants et les pays ne voient pas les avantages d’un partenariat aussi déséquilibré, surtout à l’ombre du géant russe.

L’optimisme européen n’était pas préparé aux crises géorgienne et ukrainienne, démonstrations de la realpolitik russe. Bien que l’Union soit malgré tout parvenue à signer des accords plus modestes avec ces deux pays ainsi qu’avec la Moldavie, la réaction de la Russie à sa Politique de Voisinage l’a prise au dépourvu. Cette réaction s’explique par le fait que les partenaires orientaux sont d’ex-républiques soviétiques, de sorte qu’aux yeux de la Russie, l’Union s’invite dans son aire d’influence. La Russie a de plus de forts intérêts économiques dans la région. Elle appréhende la puissance commerciale européenne, puisqu’elle n’a pas nécessairement les capacités de la contrer. A titre d’exemple, Gerhard Mangott, professeur de Relations Internationales, explique que l’union douanière eurasienne n’est pas fonctionnelle, le projet n’étant pas suffisamment abouti pour rivaliser avec l’UE, qui a pu mûrir pendant plus d’un demi siècle.

La politique russe se développe donc sur plusieurs fronts. D’abord le volet militaire avec les interventions en Géorgie et Ukraine, ainsi que le stationnement de troupes russes en Arménie, et ensuite un projet économique. Les illusions européennes cèdent le pas face à l’Union économique eurasienne portée par Moscou. En effet, les Accords de libre-échange complets et approfondis, proposés par l’Union dans le cadre de la Politique de Voisinage, constituent un véritable défi lancé aux ambitions régionales de leadership politique et économique de Moscou. Même si l’ébauche d’union douanière portée par le Russie comporte de nombreuses similitudes avec le projet d’intégration européenne, l’approche adoptée par Moscou vis-à-vis de ses partenaires est biens plus péremptoire.  L’Arménie, après un certain ballotement entre les deux Unions, s’est finalement tournée vers la Russie. L’absence d’une vraie perspective d’adhésion à l’Union européenne, combinée aux pressions tant économiques que sécuritaires exercées par la Russie, a fait balancer le pays du côté de l’Union Eurasienne.

2rwysFxbQspaNPki8AIvAx8pJ3LYe1Fs
Conseil de Sécurité Collective © kremlin.ru

La situation arménienne est un bon exemple de la défaillance de la Politique de Voisinage de l’Union. Le manque d’enthousiasme des partenaires orientaux ainsi que la résurgence de la puissance russe nécessitent une révision de la Politique de Voisinage. Pour les partenaires orientaux, la Russie offre des garanties sécuritaires, tandis que dans le cas de l’Union, les crises géorgiennes et ukrainiennes soulignent l’absence totale de prise en compte des tels intérêts dans le partenariat offerts aux pays orientaux. La force de l’Union européenne réside dans sa puissance économique, alors que la Politique Européenne de Sécurité Commune se développe lentement. En effet ce domaine demeure une prérogative des États membres.

Dans son optimisme, l’Union a lancée sa Politique de Voisinage avec la conviction qu’elle n’avait pas d’ennemis et que toute menace sécuritaire serait posée par des acteurs non étatiques. Cependant elle doit se confronter à la réalité d’un monde en crise et au réalisme d’une politique russe basée sur des intérêts économiques et géopolitiques. En outre, dans le domaine de la sécurité, la Russie ne distingue pas entre l’UE et OTAN, rendant encore plus contentieux tout rapprochement de la Géorgie et de l’Ukraine à l’Union.

“Dans son optimisme, l’Union a lancée sa Politique de Voisinage avec la conviction qu’elle n’avait pas d’ennemis et que toute menace sécuritaire serait posée par des acteurs non étatiques”

Dans une perspective de révision de la Politique de Voisinage, la Commission en a lancée une grande consultation, en s’intéressant en particulier à l’avis des États membres, des partenaires et des institutions européennes. Parmi les recommandations formulées se trouve la nécessité pour les États membres de s’investir dans la Politique de Voisinage, notamment pour développer le volet « sécurité » de celle-ci et spécialement l’inclusion de coopération en matière de la politique de sécurité et de défense commune. La nécessité de stabiliser le voisinage de l’Union est évidente. La Commission se propose, dans sa communication relative au réexamen de la Politique de Voisinage de novembre 2015, d’adopter des mesures visant à « renforcer la résilience de des partenaires aux pressions extérieures et leur capacité à faire leurs propre choix souverains ».

L’inclusion de certains aspects de la PESC dans la politique de voisinage montre que sans avoir totalement perdu son optimisme, l’Union Européenne a aujourd’hui moins d’illusions. La Russie reste cependant un partenaire économique important, avec lequel elle entretient des relations extrêmement tendues. Il est légitime de s’interroger sur les nécessaires conséquences de toute inflexion sécuritaire de la Politique de Voisinage, résultant des derniers développements dans domaine, notamment vis-à-vis de la Russie. Mais malgré toutes les péripéties rencontrées, comme Candide, l’Union doit cultiver son jardin.

 

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s